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  L'intégration des connaissances en littérature Française

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Abdelhalim BERRI
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MessageSujet: L'intégration des connaissances en littérature Française   Mar Avr 02, 2013 1:46 pm

L'intégration des connaissances

L'étudiant a l'obligation d'intégrer dans son analyse des connaissances littéraires (voir sous-critère 3).

Deux types de connaissances sont possibles :

    1. les connaissances formelles renvoyant à l'analyse littéraire des textes à l'étude
    2. les connaissances culturelles
      renvoyant à tout ce qui est extérieur aux textes mais qui demeurent
      pertinentes au sujet (courants littéraires, auteurs, autres œuvres,
      éléments
      socio-historiques, etc.).

Il est
nécessaire d'intégrer dans sa rédaction des connaissances renvoyant à
ces deux types, soit pour prouver ce qu'on avance (c'est le cas des
connaissances relatives à la forme des textes), soit pour
renforcer la valeur d'un point de vue ou d'un argument
en faisant des références ou des allusions à d'autres œuvres, à
d'autres auteurs, à des éléments socio-historiques, aux courants
littéraires pertinents, etc., ou en faisant des analogies avec d'autres
œuvres (incluant le cinéma ou la chanson), d'autres auteurs, d'autres
courants, etc.
Il faut se rappeler que le but principal de l'épreuve
n'est pas de vérifier l'apprentissage par cœur de différentes
connaissances, mais bien de vérifier la capacité de l'élève à rédiger un
texte qui défend un
point de vue
sur une problématique qui s'appuie sur des textes littéraires et cela
dans un français correct. Il faut donc porter ses efforts d'abord et
avant tout sur une argumentation
fondée sur les textes à l'étude et ne recourir qu'aux seules
connaissances littéraires pertinentes au sujet ou aux textes à l'étude,
dans le but d'enrichir la démonstration de son point de vue. Il est donc
inutile, voire nuisible, de faire étalage de connaissances littéraires
qui ne se rapporteraient pas au sujet ni aux textes, ou qui ne seraient
pas utiles à la défense du point de vue retenu. Ainsi, l'intégration à
la démonstration d'une seule connaissance culturelle et d'une seule
connaissance formelle peut suffire si elles sont pertinentes et servent
le propos de l'élève.

De plus, il est nécessaire que les
connaissances utilisées dans la rédaction soient bien intégrées à la
rédaction de l'élève, c'est-à-dire qu'elles soient incorporées dans son
texte de manière naturelle, sans heurter la lecture, sans apparaître
comme un cheveu sur la soupe, sans être plaquées. Une connaissance bien
intégrée poursuit le souffle de la phrase qui précède et se marie sans
problème avec la phrase qui suit. Généralement, une connaissance
pertinente réussit tout naturellement ce tour de force.

Une
révision approfondie des connaissances acquises lors des trois cours de
français est inutile. En trois sessions, les élèves ont vu plusieurs
éléments formels et culturels : il est impossible de les avoir tous
oubliés comme il est impossible de se souvenir de tous.

Un
survol rapide de ces différentes connaissances permet de se remémorer
des principales et de ne retenir que les plus importantes.


Voici donc un rappel succint de connaissances littéraires susceptibles
d'être utiles lors de l'épreuve. Évidemment, elles ne le seront pas
toutes; quelques-unes seulement seront suffisamment pertinentes à la
question retenue et pourront servir à la démonstration de l'élève.

Certaines notions ou certains courants n'ont peut-être pas été
étudiés : il ne faut pas s'en inquiéter. Le bagage moyen de l'élève
devrait largement suffire.

Les mots en caractères MAJUSCULES renvoient au vocabulaire approprié que l'on peut utiliser dans sa dissertation

1. Connaissances spécifiques à l'analyse littéraire
1.1 notions générales
CHAMP LEXICAL
C'est un ensemble de mots ou d'expressions utilisés dans un texte
(poétique, narratif, théâtral, etc.) qui renvoient à une notion commune,
à une même idée qui traverse le texte ou une partie du texte.

Par exemple, un texte peut contenir un champ lexical d'amour, de liberté, de tristesse, de passage du temps, etc.

Un
champ lexical est toujours le champ lexical de quelque chose (de
l'amour, de la colère, de la tristesse, etc.). Ainsi, on évitera de dire
qu'il y a un champ lexical sans préciser duquel il s'agit.

TONALITÉ
Tout texte est écrit de manière à dégager une impression
d'ensemble, un ton, une atmosphère générale. Ainsi, un texte peut avoir
un ton tragique, pathétique, ironique, comique, argumentatif, satirique,
réaliste, etc. Ou un texte peut avoir une tonalité semblable à celle
d'un discours courant, connu (plaidoirie, éloge, caricature, etc.).

FIGURES DE STYLE
Une figure de style est un emploi particulier du langage , un
écart entre une expression utilisée réellement et une expression qui
nous aurait semblé plus habituelle, plus courante, plus "normale".

Voici les principales :

ACCUMULATION, ÉNUMÉRATION, GRADATION ,Juxtaposition de plusieurs
mots de nature grammaticale identique ou appartenant à un groupe
syntaxique identique.

Un livre, une pipe, un coin de verdure suffisaient à son bonheur.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort.
(Rimbaud)
ALLÉGORIE
Récit qui met en scène des personnes, des animaux ou des idées
personnifiées dans le but de communiquer une idée abstraite, souvent une
morale. Par exemple, la plupart des fables de La Fontaine sont des
allégories.

ALLITÉRATION
Répétition d'une sonorité consonantique (consonnes) à intervalles rapprochés.
Drôl de drame.
Et je m'en vais
Au vent mauvais
(Verlaine)
U, cycles, vibrements divins des mers virides (Rimbaud)
ANAPHORE
Répétition d'un élément fixe dans une structure donnée, en début de vers
Ceux qui pieusement...
Ceux qui copieusement...
Ceux qui tricolorent
Ceux qui inaugurent
(Prévert)

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir en pleurant.
(Verlaine)

ANTIPHRASE ou IRONIE
Figure qui consiste à employer volontairement un mot ou une
expression pour signifier le contraire de ce 'ils signifient d'ordinaire
et ce dans le but de souligner ce que l'on pense

Très drôle! Vraiment très drôle! (dit en réplique à une boutade, alors que c'est plutôt triste)
L'ironie est l'art de dire le contraire ce que qu'on veut laisser
entendre tout en donnant suffisamment d'indices pour que le récepteur
comprenne bien que l'on dit le contraire de ce qu'on peut comprendre en
lisant le texte au pied de la lettre.

Il y a donc dans l'ironie un décalage entre l'expression apparente
(ce qui est dit) et le fond réel de la pensée (ce qui est sous-entendu).
L'ironie est une figure qui se saisit grâce au contexte dans lequel
elle est énoncée, contexte permettant de ne pas interpréter au pied de
la lettre ce qui est dit, mais plutôt de comprendre le sous-entendu.
Pour faire de l'ironie, on utilise parfois la caricature
(voir plus bas HYPERBOLE) ou l'absurde.
Monsieur le Baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie car son château avait une porte et des fenêtres. (Voltaire)
ANTITHÈSE ou CONTRASTE
Rapprochement, dans une même phrase ou dans des phrases
successives, de deux mots ou deux groupes de mots de sens opposés afin
que l'un mette l'autre en évidence.
Petite tête, gros bras.
Il est triste et gai. (Verlaine)
Nature, berce-le chaudement : il a froid. (Rimbaud)
Notez que les termes opposés n'appartiennent pas nécessairement au même groupe de mots.
À distinguer de l’Oxymore (voir plus loin).

ASSONANCE
Répétition d'une sonorité vocalique (voyelles) à intervalles rapprochés
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.
(Verlaine)
CHIASME
Figure qui consiste à placer les éléments de deux groupes formant
une antithèse dans l'ordre inverse de celui que laisse attendre la
symétrie
La neige fait au nord, ce qu'au sud fait le sable.
COMPARAISON ou SIMILITUDE ou SIMILARITÉ
Rapprochement de deux termes pour établir entre eux une ressemblance. Dans la comparaison on retrouve,


    • un comparé, mot qui désigne la réalité dont on parle
    • un comparant, mot qui désigne la réalité que l'on veut rapprocher
    • un terme comparatif, outil unissant le comparé et le comparant
    • un point de comparaison, qui désigne la qualité ressemblante.
      Le racisme, comme une marée noire, s'étend partout.
      comparé: le racisme terme comparatif: comme comparant: une marée noire point de comparaison: s'étend partout
      Des divans profonds, comme des tombeaux, ... (Baudelaire)
      comparé: des divans terme comparatif: comme comparant: des tombeaux point de comparaison: profonds

ELLIPSE
Suppression de mots grammaticalement attendus.
L'enfant parla avec la même autorité qu'un adulte.
L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L'infini __ roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme __ saigné noir à ton flanc souverain.
(Rimbaud)
EUPHÉMISME
Remplacement d'un mot (ou d'une expression) par un autre moins brutal
Ils ont disparu en mer = ils se sont noyés
Il s'est éteint = il est mort
HYPERBOLE (exagération, caricature)
Il s'agit d'une métaphore dans laquelle une intensité est ajoutée dans le but de produire une exagération.
J'étais morte de peur en apprenant cette nouvelle.
Il avait le visage sorti d'une bande dessinée.
LITOTE
Dire le moins pour laisser entendre le plus. La litote nie le
contraire de ce que l'on veut dire. Elle se distingue de l'EUPHÉMISME
par le fait qu'elle contredit le contraire, qu'elle est la négation du
contraire de ce que l'on veut laisser entendre.
Ce n'est pas désagréable de partir en vacances. (= très agréable)
Je ne te hais point. (= je t'aime)
MÉTAPHORE
Désignation d'une réalité au moyen d'un terme qui renvoie à une
autre réalité avec laquelle on veut établir un lien de similarité. Il
s'agit d'une comparaison incomplète ou abrégée dans la mesure où le
terme comparatif est toujours absent, le comparé pouvant également être
absent.
Je brûle d'envie de le rejoindre. (je brûle comme un feu ardent)
L'or du soir qui tombe... Hugo (coucher de soleil: le soleil couchant est comme l'or).
Cet homme est un lion. (courageux comme un lion)
MÉTONYMIE et SYNECDOQUE
Désignation d'un objet au moyen d'un terme désignant un autre
objet uni au premier par une relation logique (déduction) ou simplement
naturelle. La synecdoque est une métonymie spécifique (elle ne concerne
que le cas de prendre la partie pour le tout ou le tout pour la partie).
Il vit de sa plume. (cause pour effet : les écrits lui rapportent)
Les voiles au loin descendaient vers Harfleur. (partie: voile, pour un tout: voilier)
Il a acheté un bronze. (matière pour objet)
Boire un verre d'eau. (contenant pour contenu)
OXYMORE (paradoxe)
Rapprochement, dans un même syntagme (gorupe de mots), de deux
mots ou deux expressions de sens opposés. Les deux termes sont
syntaxiquement liés, ce qui le distingue de l'ANTITHÈSE ou du CONTRASTE
Mourir de rire
Un instant éternel
Passer une nuit blanche

Neige noire (titre d'un roman d'Hubert Aquin)
Sangloter d'extase (Verlaine)
Cette douce violence (Molière)
PÉRIPHRASE
Figure qui consiste à exprimer en plusieurs mots ce qui pourrait être dit en un seul.
L'oiseau d'acier (= l'avion)
Le cheval-vapeur (= la locomotive)
PERSONNIFICATION
Représentation d'une chose, d'un animal, d'une idée sous les
traits d'une personne ou attribution de caractéristiques humaines à un
objet, un animal ou une idée (dans ce cas, on dit aussi
ANTHROPOMORPHISME)
Sur la mer Noire dorment les étoiles.
Le visage du vent pleurait dans les arbres.
La rivière chante.

RÉPÉTITION
Reprise du même mot ou groupe de mots dans la même construction syntaxique.
Il était beau, beau comme un dieu!
Il
est possible de regrouper les figures de style selon qu'elle joue sur
le sens, le contexte ou la matière plastique du message.

Sur le sens du message

figures de similarité (ressemblances des éléments):
comparaison, métaphore, périphrase, personnification, etc.
figures de contiguïté (co-présence des éléments) : métonymie, synecdoque, ellipse, oxymore, antithèse, paradoxe, etc.
Sur le contexte du message: ironie, caricature, hyperbole, etc.
Sur la matière formelle du message : assonances, allitérations, répétitions, anaphores, etc.
1.2 notions spécifiques au discours narratif
Le récit se définit comme une histoire mise en discours.
L'histoire relève du contenu, le discours relève de la forme.

L'histoire met en scène des personnages qui évoluent dans des lieux
précis à une époque donnée et qui vivent des événements. Les événements
sont les désordres qui surviennent dans l'ordre habituel des
choses, c'est l'EXTRA-ORDINAIRE vécu par un personnage.

Le discours, la forme narrative est la MANIÈRE de raconter
l'histoire. Le narrateur présente les événements dans un style donné et
sous un angle précis (d'un certain point de vue) en plus de décider de
l'ordre temporel dans lequel il les présente.

Voici schématiquement les principales notions concernant le discours narratif :
Il y a différents types de narrateur et un narrateur peut emprunter différentes voix narratives :



TYPES DE NARRATEUR :

VOIX NARRATIVES :.........................................................................FOCALISATION :
Le narrateur présente les événements selon un certain point de
vue. C'est comme s'il existait une caméra qui donnait les différents
angles choisis par le narrateur. Les informations fournies au lecteur
peuvent être perceptibles (concrètes) ou imperceptibles (abstraites ou
appartenant au monde imaginaire d'un personnage, comme les rêves, les
souvenirs, etc).

Selon les informations données, la focalisation du narrateur varie comme une caméra au cinéma : interne si on voit ce qui se passe dans l'esprit d'un personnage, externe si l'on voit ce qui paraît de l'extérieur, et transposée si l'on voit la scène par le biais du regard d'un personnage (caméra subjective).

On aura compris que la focalisation transposée est au fond une
focalisation externe qui passe par le regard de quelqu'un d'autre que le
narrateur.

Ce graphique résume la théorie narratologique de Mieke Bal (Narratologie. Essais sur la signification narrative dans quatre romans modernes, Paris, Klincksieck, 1977), que l'on pourrait aussi appeler "ocularisation" dans la mesure où elle s'en tient à ce que l'œil du lecteur voit à travers le discours du narrateur.

Gérard Genette, un autre narratologue, propose dans Figures III (éditions du Seuil, collection Poétique, Paris, 1972), une théorie un peu différente.

Pour Genette, la focalisation répond à la question: "Qui voit dans l'histoire racontée?". Ce regard fournit le savoir que le narrateur transmet au lecteur. Genette propose trois focalisations:

  • la focalisation zéro (ou non-focalisation)

    Il s'agit du degré zéro, neutre, de la focalisation. Il n'y a
    pas une volonté du narrateur de sélectionner l'information; au
    contraire: il y a une volonté de ne pas faire une telle sélection. C'est
    le cas du narrateur omniscient: il sait tout sur tous. Le narrateur
    peut donc passer des pensées d'un personnage à sa description
    extérieure. Les romans réalistes du XIXème siècle sont considérés par
    Genette comme étant en focalisaiton zéro qui contient des focalisations
    externes et des focalisations internes.
    savoir du narrateur > celui des personnages
  • la focalisation externe

    Similaire à celle de Bal, cette focalisation se veut
    assimilable à une caméra qui présente ce qu'un spectateur objectif
    verrait s'il était présente dans l'histoire. Elle place ainsi le lecteur
    dans la position du spectateur d'un film. Part le fait même, le
    narrateur en sait moins que les personnages puisqu'il ne donne pas
    d'information sur leurs pensées, leur univers interne.
    savoir du narrateur < celui des personnages
  • la focalisation interne

    Genette assimile cette focalisation à la conscience d'un
    personnage. Le narrateur en sait donc autant que lui, mais pas plus que
    lui. Ainsi, le narrateur ne dit que ce que sait ce personnage. C'est le
    cas des récits au "je" (narrateur autodiégétique).
  • savoir du narrateur = savoir d'un personnage

PERSONNAGES ET RÔLES ACTANTIELS :
Au plan du contenu, de l'histoire, les personnages ne jouent pas
tous un rôle équivalent. Le héros est plus important, des personnages
secondaires viennent aider ou nuire au héros, etc. Voici le schéma des
rôles possibles des personnages :

PERSONNAGES ET PROGRAMME NARRATIF :
Le héros veut ou doit accomplir une quête. L'histoire consiste à
raconter la performance du héros. Des conflits peuvent surgir entre ce
que veut le héros (son désir) et ce qu'il doit faire (la loi), tout
comme ils peuvent survenir entre les personnages qui aident et ceux qui
nuisent au héros qui, lui, FAIT quelque chose, AGIT. La performance du
héros dépend de tous ces facteurs, c'est-à-dire de sa motivation à agir
et de sa compétence à agir :
1.3 notions spécifiques au discours poétique
Ce
qui caractérise la poésie est sa capacité à évoquer, à laisser sentir
les choses plutôt qu'à les expliquer. Son discours est nécessairement
plus près de la polysémie (plusieurs sens) et de la connotation (sens
suggérés, évocatifs) que de la monosémie (un seul sens) et de la
dénotation (sens premier, désignant un référent conventionnel). C'est là
toute la différence entre un poème (polysémique, donc interprétable) et
un panneau de signalisation (monosémique, ne signifiant qu'une seule
chose).

C'est surtout la forme qui distingue clairement la
poésie des autres types de discours. En plus des figures de style (voir
plus haut), des éléments comme le rythme, la rime, la ponctuation, etc.,
sont à surveiller.
1.4 notions spécifiques au discours théâtral
Le
théâtre est une narration que l'on met en scène. Le narrateur disparaît
donc sauf pour donner les indications scéniques, appelées les DIDASCALIES.
Ce
sont les dialogues entre les personnages qui permettent d'exposer
l'action. La réplique est donnée entre les personnages et elle est
variable : elle peut être un monologue (le personnage se parlant seul),
une tirade (longue réplique) ou un aparté (s'adressant à l'auditoire
comme si elle ne pouvait être entendue des autres personnages).

Une
pièce de théâtre se divise en ACTES ou en TABLEAUX (ce sont les grandes
parties de la pièce) lesquels sont divisés en SCÈNES qui présentent les
actions des personnages. On peut appliquer certaines
parties de la théorie du discours narratif (voir plus haut) au théâtre
(notamment l'histoire).

Le théâtre classique s'est caractérisé par la règle des trois unités :
• unité d'action : une seule intrigue pour toute la pièce
• unité de temps : l'action se déroule dans l'espace de 24 heures
• unité de lieu : l'action se déroule dans un seul et même lieu.
Cette
règle n'a plus cours depuis le romantisme (XIXe siècle) et le théâtre
plus contemporain cherche à abolir le personnage ou à multiplierses
manifestations dans plusieurs médias différents.


2. Connaissances liées aux courants littéraires
2.1 la littérature française
LE CLASSICISME (1660-1690)
Courant qui se caractérise par l'imposition de critères, de règles
concernant le beau, le vrai et la mesure. S'appuyant sur la raison et
les oeuvres de l'Antiquité gréco-romaine, ce courant se fonde sur
l'imitation (de la nature et des Anciens).
Le théâtre et la fable (La Fontaine) en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : le conflit entre la raison et la passion servant à
montrer le triomphe de la raison et de l'ordre ou les passions humaines
confrontées à la raison (dilemme) ; l'opposition entre la vertu et les
défauts ; le devoir ; l'honneur, le sens de la mesure ; l'honnête
homme;dans la tragédie: la fatalité, etc.
Les auteurs représentatifs : Corneille, Molière, Racine, La Fontaine.
Exemples :
Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage;
Meurs ou tue!...
(Pierre Corneille)
Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends. (Jean Racine)
LE SIÈCLE DES LUMIÈRES (XVIIIe siècle : 1700-1800)
Courant marqué par la réflexion philosophique qui réclame l'esprit
critique, le libre exercice de la raison et l'accès aux connaissances
(L'Encyclopédie). Le but des philosophes est d'éclairer les esprits en
se fondant sur la nature et la raison. Comme la science s'est imposée
ausujet des phénomènes naturels, le Classicisme a cherché la raison dans
l'esprit humain et le siècle des Lumières cherchera la raison dans les
phénomènes sociaux. Ainsi, seront critiquées les formes de pouvoir qui
'apparaissent pas naturelles (monarchie, religion, esclavage, guerres,
etc.) en faveur de revendications pour la liberté, la justice et la
tolérance.
L'ironie et la caricature caractérisent les écrits de
ce siècle. Le récit ou le conte ainsi que l'essai en sont les genres
privilégiés.
Les thèmes : la justice, la tolérance, la liberté, l'égalité, la connaissance, etc.
C'est en 1789 que les idées de ce siècle se sont incarnées par la Révolution française.
Les auteurs représentatifs : Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau.
Exemples

Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander
aux autres. [...] Toute autre autorité vient d'une autre origine que la
nature. Qu'on examine bien et on la fera toujours remonter à l'une de
ces deux sources: ou la force et la violence de celui qui s'en est
emparé; ou le consentement de ceux qui s'y sont soumis par un contrat
fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l'autorité.
(Denis Diderot)

Il en est des manières et de la façon de vivre comme des
modes : les Français changent de mœurs selon l'âge de leur roi. Le
monarque pourrait même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avait
entrepris. Le Prince imprime le caractère de son esprit à la Cour, la
Cour à la Ville, la Ville, aux provinces. L'âme du souverain est un
moule qui donne forme à toutes les autres.
(Montesquieu)

Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. (Voltaire)

L'Homme est bon à l'état de Nature, mais la société le corrompt. (Rousseau)
LE ROMANTISME FRANÇAIS (1800-1850)
Courant s'opposant aux règles du Classicisme et à la suprématie de la
raison défendue par les philosophes du siècle des Lumières. On veut
obtenir la prépondérance du sentiment sur la raison en faisant coincider
le sentiment avec la nature, en y mêlant la nostalgie, le souvenir, le
rêve... C'est d'abord le lyrisme qui a caractérisé ce courant, tant sur
le plan personnel (l'expression du moi: c'est le romantisme lyrique) que
sur le plan social (c'est le romantisme social que Victor Hugo, avec le
Cénacle qui regroupe les écrivains romantiques, va instituer et qui
dénonce les injustices et l'oppression de l'individu).
Le théâtre, le roman et la poésie en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : l'exotisme, le rêve, l'évasion, la nature, le souvenir,
le passage du temps, l'histoire (personnelle ou sociale), le désespoir,
la mélancolie, etc.
Les auteurs représentatifs : Chateaubriand, Hugo, Constant, Musset, Lamartine, Baudelaire.
Exemples

Salut, bois couronnés d'un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars!
Salut, derniers beaux jours! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards
. (Lamartine)

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux, qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
(Hugo)
LE RÉALISME ET LE NATRALISME (1840-...)
Courant préconisant la description objective et fidèle des faits, des
personnages et des lieux. Les écrivains réalistes s'intéressent à la
vérité psychologique des personnages, aux classes sociales, notamment
défavorisées, aux lieux miteux, à des aspects sordides de la vie que la
littérature antérieure jugeait indignes d'être montrés. La description
et la narration "neutre" en sont les principaux procécés. Le Naturalisme
poussera plus loin en expliquant les conditions sociales par l'hérédité
et en faisant du roman une sorte de "laboratoire sociale" (Zola).
Le roman en est le genre privilégié.
Les thèmes : les moeurs, la ville, la science, le peuple, les classes
sociales, l'aspect documentaire, la vérité historique, etc.
Le auteurs représentatifs : Balzac, Maupassant, Flaubert, Zola.
Exemples

Pour l'individu, rêves et réalité se contredisent :
Emma ne dormait pas. Elle rêvait : au galop de quatre
chevaux, elle était emportée vers un pays nouveau. Les villes étaient de
marbre blanc.
(Flaubert)

Sur le plan social, on décrit la classe ouvrière et on dénonce les inégalités sociales :

Deux années s'écoulèrent pendant lesquelles les
habitants de l'immeuble s'enfoncèrent dans la misère. Décembre
apportait le chômage.
(Zola)
LE PARNASSE (1850-1880)
Courant en poésie voulant se démarquer du romantisme et du réalisme en
valorisant un esthétisme fondé sur le lyrisme impersonnel et la théorie
de l'art pour l'art (la beauté la plus pure possible). Il revendique le
droit de faire œuvre inutile, uniquement pour le beau. Les écrits qui
en résultent sont des instantanés, sortes de bijoux essentiellement
descriptifs (comme le réalisme) dont il suffit d'admirer les qualités
esthétiques. Le Parnasse a revalorisé la versification classique et l'utilisation du mot rare.
La poésie en est le seul genre.
Les auteurs représentatifs : Gautier, Heredia, Leconte de Lisle, Banville.
Exemple

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer , routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.


Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
(Heredia)
LE SYMBOLISME (1880-1910)
Courant fondé sur la notion de symbole et sur la musicalité du vers,
il cherche à exprimer les impressions et les états d'âme d'une réalité,
plus idéale, que l'on croit superposée à la réalité immédiate et
perceptible. Il a été le lieu des premières manifestations du vers libre
et de la poésie en prose en plus de faire apparaître des images plus
audacieuses, pré-surréalistes (comme les synesthésies, par exemple). Les
éléments de la réalité sont transformés en un univers de signes, de
symboles.
La poésie et, dans une moindre mesure, le théâtre en ont été les genres privilégiés.
Les thèmes : l'ailleurs, l'idéal, le mystère et le mysticisme, la sensualité, le langage, etc.
Les auteurs représentatifs : Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé.
Exemple

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.


Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
(Baudelaire)
LE SURRÉALISME (1920-1970)
Courant né du dadaïsme qui voulait tout nier, le surréalisme s'est
d'abord posé en réaction à la Première Guerre mondiale. Exploitant le
vers libre, il cherche à établir une sur-réalité en rapprochant des
réalités habituellement éloignées dans le but d'établir une révélation,
une nouveauté, une étincelle, une nouvelle façon d'approcher le réel.
S'appuyant
sur l'écriture automatique, le hasard objectif, l'association libre,
les jeux, les rêves, les fantasmes, bref: l'imaginaire, ce courant veut
faire parler l'inconscient de manière à libérer les désirs
refoulés de l'individu.
La poésie en est le genre privilégié, bien que les arts visuels (peinture, sculpture, cinéma) en aient été fortement marqués.
Les thèmes : la liberté, le rêve, l'amour, le désir, la femme, le merveilleux, etc.
Les auteurs représentatifs : Breton, Éluard, Aragon, Desnos, Prévert.
Exemple

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux.
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
(Paul Éluard)
L'EXISTENTIALISME (1945-1960)
Courant marqué par les interrogations sur l'Être en général, sur
l'existence vécue, son sens, sur l'engament et les projets. Il a inspiré
son pendant : l'Absurde, qui montre la difficulté d'exister dans un
monde absurde, dont le sens fait défaut.
Le roman et l'essai en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : la morale, le sens de la vie, la difficulté d'exister,
l'étrangeté du monde et de la vie, la liberté personnelle, l'engagement,
etc.
Les auteurs représentatifs : Sartre, de Beauvoir, Camus, Ionesco.
Exemples

L'existentialisme traitant de la liberté et de la responsabilité de l'être humain:
"Il y en a marre, finis les remords, les réserves, les
restrictions. Personne n'est mon juge. Personne ne peut décider pour
moi." Il décida sans remords, en connaissance de cause. Il s'approcha et
se mit à tirer debout. Mathieu tira, il était libre
! (Jean-Paul Sartre)

L'absurde (désintégration de l'intrigue, du discours et du personnage):

- Jean : Après tout, les rhinocéros sont des créatures
comme nous qui ont droit à la vie au même titre que nous! - Bérenger : À
condition qu'elles ne détruisent pas la nôtre. - Jean : Tout de même,
nous avons notre morale à nous! - Bérenger : J'en ai assez de la morale.
- Jean : Que mettriez-vous à la place? - Bérenger : La nature! (Eugène
Ionesco)

LE NOUVEAU ROMAN (1955-1975)
Courant caractérisé par la recherche formelle sur le récit. Ce courant
veut renouveler le genre narratif par des jeux formels (multiplicité
des voix narratives et des focalisations, transgression de la
temporalité, etc.) en réduisant l'histoire et le personnage (le contenu,
l'histoire) au maximum, allant jusqu'à sa disparition au profit de la
description minitieuse, presque millimétrique (le décor subordonne le
personnage quand il ne le cache carrément pas).
Le roman et le cinéma en sont les genres privilégiés.
Les thèmes: l'anonymat, l'errance, le voyage, le piétinement et
l'absurdité d'une quête, l'importance du visuel, le regard hyper-réel
sur le monde, l'incommunicabilité, etc.
Les auteurs représentatifs : Robbe-Grillet, Butor, Sarraute, Duras, Toussaint, etc.
Exemple

Ces corps sont au nombre de cinq, groupés sur
trois ou quatre marches de hauteur, dans la moitié gauche de celles-ci, à
proximité plus ou moins grande de la rampe, qui se déplace, elle aussi,
du même mouvement, mais rendu plus insensible encore, plus douteux, par
la forme même de cette rampe, simple ruban épais de caoutchouc noir, à
la surface unie, aux deux bords rectilignes, sur lequel aucun repère ne
permet de déterminer la vitesse, sinon les deux mains qui se trouvent
posées dessus, à un mètre environ l'une de l'autre, tout en bas de
l'étroite bande oblique dont la fixité partout ailleurs semble évidente,
et qui progressent d'une façon continue, sans à-coup, en même temps que
l'ensemble du système.
("L'escalier mécanique", Alain Robbe-Grillet)
LE RÉALISME SUBJECTIF (1980-2005)
Courant qui marque un retour à un contenu plus conventionnel (moins
expérimental) que le Nouveau Roman ou la recherche de nouvelles formes
d'expres​sion(comme on a vu au théâtre et en poésie). Sous l'impulsion
de
la littérature féministe des années 70-80 qui a mis de l'avant des
préoccupations liées au corps, à l'intimité et à la difficulté d'être
(avec soi-même, avec les autres) et sous l'impulsion de la montée de
l'individualisme
triomphant et du néolibéralisme (de plus en plus dominant dans les
années 80-90), ce courant met en scène la performance (et souvent la
réussite) de l'individu confronté à un univers difficile
ou à des
rapports humains difficiles qui souvent expliquent un certain repli sur
soi. On revient à un réalisme qui a comme décor de fond la quotidienneté
et la vie "ordinaire" (ce dont se contente souvent de décrire la
poésie) et qui met en scène des personnages "ordinaires", généralement
aux prises avec des situations plus ou moins extraordinaires qu'ils
doivent apprendre à traverser (ce qui est surtout le cas dans le roman
et le théâtre). On parlera ainsi de récit d'apprentissage dans lequel le
héros présente au lecteur une réalité
singulière à travers son
propre regard (la narration, souvent en focalisation transposée,
présente une version du réel marquée par un lyrisme prégnant -- on est
conscient de la déformation représentative en ne croyant plus au mythe
de l'illusion réaliste qui voulait la reproduction fidèle et "objective"
de la réalité) et une quête d'identité personnelle (et non plus
collective, comme dans les décennies précédentes). Ainsi, le héros est
amené à créer sa propre morale à travers différentes tranches de vie
(facture autobiographique ou biographique où souvent se confondent le
réel et le fictif). L'écriture se rapproche davantage de la chronique
que du reportage, de l'expression personnelle de sa réalité plus que de
l'expression neutre d'une réalité (on ne sauve plus le monde, on sauve
son monde). Sur le plan de la forme, on récupère les trouvailles
précédentes (en poésie: écriture elliptique et minimaliste; dans le
récit: polyphonie narrative, désordre chronologique, etc.), on efface
les frontières entre les genres (le roman est un journal intime ou une
correspondance, par exemple), on mélange volontiers les tonalités
(l'humour côtoie le tragique rendant
ainsi l'insupportable
supportable) et on multiplie les clins d'œil intertextuels (citations
plus ou moins conformes d'autres œuvres appartenant à la culture savante
ou même populaire ; recyclage d'anciens
mythes; reconstitution biographique ou historique; etc.).
2.2 la littérature québécoise
LE TERROIR OU LE RÉGIONALISME (1850-1945)
Courant réaliste décrivant les moeurs et les travaux associés à la vie
rurale (travail de la terre). Ce courant, soumis aux dogmes religieux,
valorise la tradition (famille, religion, race francophone) et dénonce
les dangers de la ville. Son motif est de défendre le statu quo ,
c'est-à-dire la vie paisible et surtout pas contestataire des paysans
francophones installés au Québec.
Le roman et la poésie en sont les genres dominants.
Les thèmes : la nature, le travail paysan, la terre, la religion, la filiation, la race (nationalisme primaire), etc.
Les auteurs représentatifs : Hémon, Ringuet, F.A. Savard, Guèvremont, Laberge (anti-terroir).

LA LITTÉRATURE SOCIALE, récits de la ville (1945-1950)
Courant réaliste cherchant à décrire la vie des anciens paysans venus
s'établir en ville et qui doivent s'adapter aux conditions difficiles de
la vie urbaine et du travail ouvrier.
Le roman en est le genre privilégié.
Les thèmes : la vie ouvrière, la pauvreté, les difficultés de survie urbaine, la ville, etc.
Les auteurs représentatifs : Gabrielle Roy, Roger Lemelin, Jean-Jules Richard.

LE RÉCIT PSYCHOLOGIQUE (1945-1960)
Courant succédant au terroir et voulant dominer la littérature
sociale. Ce courant explore les problèmes moraux qui se posent à
l'individu. Il veut se démarquer du terroir en ayant des préoccupations
universelles centrées sur l'individu (l'âme humaine déchirée entre la
loi et le désir). Il explore le monde intérieur des personnages (plus
qu'extérieur, comme le roman social).
Le roman et le théâtre en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : le bien contre le mal, la famille comme autorité, le cosmopolitisme, l'engagement moral, etc.
Les auteurs représentatifs : Loranger, Dubé, Langevin, Vac.

LA LITTÉRATURE ENGAGÉE (1960-1975)
Courant visant à défendre une cause, une idéologie, il a dénoncé
l'aliénation de la société québécoise et de ses habitants par le pouvoir
religieux et anglophone tout en proclamant la nécessité de la
libération nationale sur le plan politique. Inscrit dans la foulée de la
Révolution tranquille, il met en évidence la langue franco-québécoise
(le joual) et l'existence d'une littérature nationale.
La poésie, le théâtre et l'essai en sont les genres privilégiés.
Les thèmes : l'identité, la nation, le peuple, la notion de territoire
québécois, la contestation des institutions traditionnelles (famille et
religion, surtout), etc.
Les auteurs représentatifs : Miron, Godin, Ferron, Chamberland, Aquin, Ducharme, Blais, Godbout, Tremblay, etc.

LE RÉALISME SUBJECTIF (1980-2005)
Courant qui marque un retour à un contenu plus conventionnel (moins
expérimental) que le Nouveau Romanou la recherche de nouvelles formes
d'expres​sion(comme on a vu au théâtre et en poésie). Sous l'impulsion
de la littérature féministe des années 70-80 qui a mis de l'avant des
préoccupations liées au corps, à l'intimité et à la difficulté d'être
(avec soi-même, avec les autres) et sous l'impulsion de la montée de
l'individualisme triomphant et du néolibéralisme (de plus en plus
dominant dans les années 80-90), ce courant met en scène la performance
(et souvent la réussite) de l'individu confronté à un univers difficile
ou
à des rapports humains difficiles qui souvent expliquent un certain
repli sur soi. On revient à un réalisme qui a comme décor de fond la
quotidienneté et la vie "ordinaire" (ce dont se contente souvent de
décrire la poésie) et qui met en scène des personnages "ordinaires",
généralement aux prises avec des situations plus ou moins
extraordinaires qu'ils doivent apprendre à traverser (ce qui est surtout
le cas dans le roman et le théâtre). On parlera ainsi de récit
d'apprentissage dans lequel le héros présente au lecteur une réalité
singulière
à travers son propre regard (la narration, souvent en focalisation
transposée, présente une version du réel marquée par un lyrisme prégnant
-- on est conscient de la déformation représentative en
ne croyant
plus au mythe de l'illusion réaliste qui voulait la reproduction fidèle
et "objective" de la réalité) et une quête d'identité personnelle (et
non plus collective, comme dans les décennies précédentes). Ainsi, le
héros est amené à créer sa propre morale à travers différentes tranches
de vie (facture autobiographique ou biographique où souvent se
confondent le réel et le fictif). L'écriture se rapproche davantage de
la chronique que du reportage, de l'expression personnelle de sa réalité
plus que de l'expression neutre d'une réalité (on ne sauve plus le
monde, on sauve son monde). Sur le plan de la forme, on récupère les
trouvailles précédentes (en poésie: écriture elliptique et minimaliste;
dans le récit: polyphonie narrative, désordre chronologique, etc.), on
efface les frontières entre les genres (le roman est un journal intime
ou une correspondance, par exemple), on mélange volontiers les tonalités
(l'humour côtoie le tragique rendant ainsi l'insupportable supportable)
et on multiplie les clins d'œil intertextuels (citations plus ou moins
conformes d'autres œuvres appartenant à la culture savante ou même
populaire ; recyclage d'anciens
mythes; reconstitution biographique
ou historique; etc.). On peut inclure dans ce courant ce que certains
classent dans la littérature intimiste et dans la littérature dite
métissée (qui met en scène une thématique liée à l'origine culturelle et
à l'intégration de l'immigrant dans la société québécoise) dans la
mesure où les textes de ces genres (plus que courants) répondent aux
caractéristiques du réalisme subjectif.

Note au sujet de la poésie québécoise
Jusqu'au
début des années 1960, la poésie québécoise a souvent été influencée
par les courants français mais souvent avec un décalage de quelques
décennies :
romantisme : Fréchette, Lemay (fin du XIXe siècle)
romantisme et symbolisme (idéalisme, exotisme) : Nelligan,
Saint-Denys Garneau, Anne Hébert (première moitié du XXe siècle)
surréalisme (automatisme) : Giguère, Lapointe, Gauvreau (1950...)



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MessageSujet: Re: L'intégration des connaissances en littérature Française   Ven Avr 05, 2013 5:58 am

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MessageSujet: Re: L'intégration des connaissances en littérature Française   Lun Avr 08, 2013 8:15 am

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MessageSujet: Re: L'intégration des connaissances en littérature Française   Lun Avr 29, 2013 3:16 pm

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MessageSujet: Re: L'intégration des connaissances en littérature Française   Mar Avr 30, 2013 3:08 pm

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