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 le Portrait de Boudoubour 1re et 2 ème parties

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Abdelhalim BERRI
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Date d'inscription : 18/09/2012
Horoscope : Capricorne
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MessageSujet: le Portrait de Boudoubour 1re et 2 ème parties   Mar Mar 19, 2013 12:13 pm






Je m'appelle Antoine Lareçource.
Et de la ressource il m'en fallait à cette époque obscure de mon
enfance où j'étais obligé de vivre une vie dont je ne voulais pas.

Il me suffit de fermer les yeux un instant pour être transporté de
nouveau en ces temps, pour en parler au présent alors qu'ils sont passés.
------------
J'ai onze ans. Je sais qu'au paradis, il y a Dieu et les anges.
Le paradis, c'est tout là-haut, très loin. Beaucoup trop loin pour moi.

Du moins, c'est ce que répète monsieur le Curé au catéchisme :
- Antoine, je suis sûr que tu es plein de bonnes intentions mais souviens-toi qu'il y a loin de la coupe aux lèvres.

Cela signifie que même si je suis sage à partir de maintenant jusqu'à la fin des
siècles j'ai peu de chances de me faire pardonner tous mes péchés.

En enfer, il y a le diable et les diablotins. C'est en bas, pas loin.
La preuve, j'en viens. Du moins, c'est ce que dit mon père quand il parle de moi :
- Diable de gamin. Il est infernal !
L'enfer est brûlant.
Brûlant comme mes joues quand j'ai pleuré, comme mes fesses après la raclée, comme mon dos après le fouet.

Mon père me dit que c'est pour mon bien, ces corrections. Moi je dis que je dois être une grosse erreur pour qu'il faille autant de corrections.

Certains ont des anges gardiens. Moi, j'ai un diablotin gardien. Il s'appelle Bou- doubour. C'est mon premier ami.





Il m'accompagne partout, perché sur mon épaule le jour et sur mes rêves la nuit.

Il possède une très belle fourche-à-passions qu'il manie comme une majorette manie son bâton à la parade.
C'est avec les deux dents de cette fourche qu'il m'asticote l'imagination. Cette
fourche-à-passions c'est comme le sel quand le manger est fade, elle donne du
goût aux choses.

Mon père voudrait que je prenne
exemple sur mon frère aîné qui ne respire, ne
vit, n'agit qu'en fonction de la ferme dont il héritera. J'aime bien les bêtes, leur
odeur et aussi celle de la terre après la pluie mais pas au point de passer toute
ma vie dans une étable.

J'ai la passion de lire, d'écrire,
de jouer la comédie.
Je ne veux pas rester à la ferme. Quand je serai grand, je veux écrire des histoires et faire du théâtre comme Léo.

Léo, c'est le cousin de mon père.
L'artiste de la famille. La honte de la famille. Sa brebis galeuse. C'est aussi mon parrain.
Il n'a rien à lui, pas de maison, pas de terres, pas d'économies. Il va de ville en ville donner ses représentations dans des salles miteuses.
Un jour il est Harpagon, le lendemain Sganarelle, le Cid le matin, Cyrano de Ber- gerac le soir. Je connais tous ces personnages qu'il joue pour moi tout seul chaque fois qu'il me rend visite.
Si je ne comprends pas toujours les mots, je sais qu'ils sont beaux et qu'ils disent de grandes choses. Parrain Léo et moi sommes comme deux têtes dans le même bonnet. Il est mon deuxième ami.

Chez moi, il n'y a pas de livres.
C'est mon troisième et dernier ami, le libraire, qui me prête en cachette tout le
papier imprimé que je peux faire entrer en fraude dans ma chambre.



Quand on m'envoie en courses à la ville,
je cours comme un fou
pendant les deux kilomètres de l'aller et les deux kilomètres du retour.

L'économie de temps me permet de voler quelques minutes de
lecture enfoui entre les étagères pleines à craquer et les piles de
bouquins en attente de rangement de sa boutique.
Notre amitié est arrivée
comme ça, un jour comme les autres où je m'étais faufilé
dans la librairie.
Sa main se posa sur mon épaule et me fit sursauter au point que je lâchai le volume
de Robinson Crusoé dans lequel j'étais plongé quelques secondes auparavant.
- Il te plaît, ce livre ?
Je hochai la tête vigoureusement d'arrière en avant.
- Oui, c'est bien ce qu'il me semblait. Veux-tu l'emmener pour le lire tranquillement ?
Je balbutiai que je n'avais pas d'argent pour l'acheter.
- Qui te parle de l'acheter ? Je te le prête pour le temps que tu veux. Quand tu auras
..fini de le lire, ramène-le moi, je
te prêterai un autre livre. N'en parle à personne, je
..n'en parlerai pas non plus. Ce sera notre
secret.

Je dois faire bien attention à
cacher ces livres à des endroits différents pour que
mon grand frère ne soupçonne rien. Il me dénoncerait à mon père qui considère
la
lecture comme une perte de temps et un bourrage de crâne inutile réservé aux
oisifs et aux prétentieux.

Il m'a déjà surprit en flagrant délit de lecture dans l'écurie alors que j'étais
censé
brosser notre cheval Pompon.
- Gros faignant, tu vas voir ce que tu vas voir !
A son cri, mon père est arrivé. Il avait déjà dans la main la courroie de cuir qui
sert
à redresser les torts.

Ce qui m'a fait le plus de mal, ce ne
sont pas les coups, ni les ricanements d'aise
de mon frère pendant que j'étais battu, ni que j'ai été obligé de dire que j'avais
volé
ce livre pour ne pas dénoncer le libraire.



Ce qui m'a fait vraiment souffrir c'est de voir
mon père déchirer ce
livre, le piétiner puis enfin le jeter au feu, et détruire tous les gens, les
animaux, les forêts, les lacs, le monde entier contenu dans ses pages.

Mon ami le libraire auquel je racontais
ma déconfiture me consola.
- Ne pleure plus, Antoine, ce n'était que du papier, ce n'était qu'un des mille, ou
..dix mille, ou cent mille exemplaires imprimés de ce livre. C'était les contes d'An-
..dersen, oui, je sais. (je lui avais rappelé le titre pour souligner le scandale) Tu sais,
..tant de gens les ont lus, racontés dans toutes les langues, qu'à présent ils font partie
..de la mémoire des hommes. Voilà la force de la parole écrite : elle se transmet. Il y
..aura toujours quelqu'un pour s'en souvenir.
..Depuis la nuit des temps il y a trois catégories
d'humains. Ceux qui transmettent
..le savoir, ceux qui veulent le garder pour
eux tous seuls et enfin, ceux qui le com-
..battent parce qu'ils en ont peur. Toi et
moi nous faisons partie de la première
..catégorie c'est pourquoi nous sommes
amis. Tu trouveras sur ta route d'autres
..amis. Il faut simplement les chercher et
être fidèle à toi-même.
..La seule chose que tu dois retenir pour l'instant
c'est que d'un mal arrive toujours
..un bien. En l'occurrence, la vie t'a retiré
un livre (que tu retrouveras bien un jour ou
..l'autre) et t'a fait cadeau d'un mot : autodafé.
Ce mot veut dire destruction par le
..feu. Ce que ton père a fait s'appelle
l'autodafé d'un livre. Tu te souviendras ?

Je ne risquais pas de l'oublier.

A quelque temps de là, mon parrain
Léo est venu me voir.
J'étais dans le pré du haut occupé à lire Alladin et la lampe merveilleuse en faisant
semblant de garder les vaches.
J'avais dis à Boudoubour qu'il pouvait aller jouer avec les papillons pendant ma
lecture parce que je ne voulais pas qu'il soit vexé par les talents du génie de la
lampe.

Parrain est arrivé par l'autre versant du pré, derrière moi. Il n'y a que lui, heureu-
sement, pour avoir l'idée de prendre les gens à revers.



Quand il fut près de moi il prit sa
voix d'outre-tombe, celle qu'il
appelle la voix du père outragé.
- Petit salopiot ! Vermine de l'enfer ! Je te prends la main dans le
..sac. Ne nie pas, surtout pas. Donne-moi immédiatement
cet objet
..de luxure qu'on appelle livre. Ah ! Ah !
Mille cochons ! La faute est
grave. Les Contes des Mille et une nuits ? Monsieur le Juge, je demande une
sanction exemplaire pour ce jeune perverti. Qu'il soit condamné pour l'éternité à
lire et à écrire. Je n'en dirai pas plus. Sauf qu'au lieu de rire l'accusé ferait mieux
d'embrasser son parrain.

Je ne me souviens pas que personne ne
m'ait embrassé dans mon enfance, à part
parrain Léo. Il commençait toujours par me soulever à bout de bras pour me regar-
der de bas en haut et pour " soupeser la bête."
- Peste ! Le poulet engraisse.
Puis il plaquait deux gros baisers sur mes joues que je lui rendais avec usure.

Ce jour là nous respectâmes
le même cérémonial avant d'entamer une conversation
sérieuse.
- Bonjour, Crapaud (il m'a toujours appelé Crapaud), comment vas-tu ?
- Pas trop mal, tu vois, tant que je peux être loin de la maison.
- Tu veux dire loin de l'endroit où tu attrapes les si jolies zébrures noires et violettes
..que je vois sur tes mollets ? fit-il en approchant
son doigt de ma jambe ce qui me fit
..grimacer de douleur par anticipation.
- C'est tout frais, n'est-ce pas ? Ne t'inquiète pas, je ne toucherai pas. Quel exploit
..t'a valu ces belles décorations ?
- Je ne suis pas allé assez vite pour changer la litière des vaches et mon frère m'a
..entendu parler avec Boudoubour pendant que
je travaillais, alors...
- Alors il s'est empressé d'aller chercher ton père, hein ! Ecoute, Crapaud, bien que
..ton père soit mon cousin, j'ai eu
mille fois envie de lui casser la figure et de t'em-
..mener avec moi, de te voler à lui.
La vie s'est trompée en te donnant à lui comme
..fils. Cependant, il a raison quand il m'appelle
saltimbanque. Je n'ai rien à te donner.

Je pensais exactement le contraire et
je le lui dis.



- Ce n'est pas si simple. La loi ne m'autorise
pas à te garder contre
..le gré de tes parents. Oh ! bien sûr
avec ta mère nous aurions trouvé
..un terrain d'entente, elle est si effacée
et absente d'elle-même qu'une
..seule chose la préoccupe, qu'on lui
fiche la paix. Avec ton père c'est
..autre chose. Que nous le voulions ou non, il crève
de fierté d'avoir fait deux fils,
..deux mâles. Il est blessé que
tu ne veuilles pas t'intéresser à sa vie. De son côté
..il n'a pas la moindre idée de ce que
tu aimes. Il considère que de toutes les façons
..tu le trahis en te tournant vers des horizons
qu'il ne pourra jamais voir. Il n'a jamais
..eu l'intention de te priver d'éducation.
Mais s'il t'a envoyé à l'école, comme ton
..frère, c'est pour que tu saches compter
tes gains, lire des contrats, passer des
..marchés.

- Alors, quand je rentre de l'école, pourquoi est-ce qu'il m'oblige à faire d'abord les
..corvées de la ferme plutôt que
de me laisser faire mes devoirs ? Pourquoi est-ce
..que je devrai quitter l'école dans
trois ans après le Certificat d'Etudes ? fis-je révolté.

Parrain Léo poussa un gros soupir.
- Crapaud, Crapaud ! Là, là, calme-toi. Dans trois ans, tu en auras quatorze ce qui
..veut dire qu'en quatorze années tu
auras tout de même passé plus de temps à
..l'école ou dans ton lit qu'à
nourrir les bêtes et à ramasser les pommes de terre.
..Ton père a fait pour toi ce que son
père n'a pas fait pour lui. Il avait cinq ans quand
..on lui a mis une baguette dans la main pour
aller garder les oies. Depuis il n'a ja-
..mais cessé de trimer.
..De son point de vue, c'est la ferme qui vous
fait vivre, il lui semble naturel qu'après
..une journée passée assis sur
un banc tu aies la force de faire tes corvées parce
..que les bêtes n'attendent pas et qu'ensuite,
mais seulement ensuite, tu fasses tes
..devoirs. Il ne t'en empêche jamais
mais dans sa tête il y a ce qui est primordial et
..ce qui ne l'est pas. Sa priorité est
de vous mettre à l'abri du besoin, ensuite de
..vous léguer l'œuvre de toute sa vie
pour que vous l'amélioriez ton frère et toi. Lire,
..écrire et compter en plus de connaître
son métier de fin paysan lui paraît suffisant.
..Le reste n'est que fioriture.



- Si je comprends bien, je dois jeter au fumier
ce que j'aime et faire
..toute ma vie ce que je déteste ?

- Dis-moi, Crapaud, tel que je te connais, tu as bien dû lire quelques
..fables de la Fontaine ?
- Euh… oui.
- Tu te souviens du Chêne et du Roseau ? Le roseau, tout frêle qu'il est, plie et ne
..casse pas, contrairement au chêne.
Ce qui veut dire que l'orage passe sur lui
..sans le détruire. Il redresse toujours
la tête le beau temps revenu. Ne donne pas
..de regrets à ton père de t'avoir
fait instruire en lui donnant l'impression que tu le
..méprises (et pourtant comme il avait
raison à ce moment là parrain Léo, comme
..je méprisais mon père !) Sois
assidu à ton ouvrage à la ferme sans regimber, tu
..verras que les choses iront mieux. Parallèlement,
continue à apprendre tout ce
..que tu peux apprendre à l'école
et avec ton ami le libraire. Quand tu auras qua-
..torze ans, tu seras presque un homme alors
nous discuterons avec ton père de
..ton avenir. Il ne pourra pas toujours te
garder contre ta volonté.
- Tu le penses vraiment ? demandai-je.
- Je l'espère et je ferai tout mon possible pour le convaincre de te laisser libre de
..ton choix.

Parrain Léo resta silencieux
quelques instants puis il reprit :
- Maintenant, Crapaud, j'ai une chose très importante à te dire : j'ai signé un enga-
..gement dans la troupe de théâtre
de Jean Vignard, tu te rends compte ! Le grand
..Jean Vignard a bien voulu de ton parrain.
Il paraîtrait que je suis une révélation. Je
..suis venu tout exprès pour te l'annoncer
pour que tu sois le premier au courant.

Bizarrement, le ton enjoué dont
il usa pour me dire ces dernières phrases sonnait
faux. J'eus le sentiment confus qu'un grand malheur allait fondre sur ma tête.
- Jean Vignard, euh.. moi, enfin toute la troupe, nous partons en tournée à travers le
..monde.
- Ah ? fis-je la gorge serrée. Pour combien de temps ?
- Au moins pour deux ans.



Je me jetai à son cou en le suppliant
de ne pas partir en me lais-
sant là tout seul.

Il me semblait que le naufrage de toute ma vie était consommé en
ce jour et que plus jamais le soleil ne brillerait pour moi.
Je poussai des cris aigus et pathétiques entremêlés de sanglots qu'aucun
fouet,
aucune lanière de cuir n'avaient réussi à m'extorquer. Mon cœur cognait dur tout
prêt à exploser, les choses autour de moi devinrent fluides et incolores, le son
même de mes cris s'éloigna de moi et je perdis connaissance.

En revenant à la conscience,
j'ouvris les yeux sur un masque mortuaire au teint
plombé, aux yeux cernés debistre, dont la bouche entourée de deux rides profondes
avait une expression d'intense amertume. J'y reconnus le visage de mon parrain
penché sur moi. Par degrés insensibles sa voix me parvint :
- Pardonne-moi, mon petit. Je ne pensais pas te faire tant de mal. Je n'ai pas le
..choix, comprends-le. Reviens, mon crapaud,
réveille-toi.

Quand il vit que j'étais réveillé il me dit :
- Je te jure Antoine que je reviendrai te chercher pour t'emmener avec moi si tu le
..veux encore. Tu dois me laisser partir sans
m'enlever de ma force. J'ai besoin de
..suivre ma voie. C'est la seule manière
que j'ai d'ouvrir la tienne quelle que soit celle
..que tu veux suivre. Pour avoir quelque chose
à t'offrir.

Il me tenait dans ses bras et me berçait doucement. J'écoutais la litanie de ses
protestations d'amour filial, persuadé que je les entendais pour la dernière fois.
- Je t'écrirai et je te raconterai par le menu tout ce qui m'arrivera. Je t'enverrai des
..cartes postales pour que tu vois les villes
où je joue. A l'école, tu pourras regarder
..sur le globe terrestre où elles sont,
dans quels pays.

Trois ans passèrent et Parrain
Léo ne revint pas.
Je ne reçus jamais de lettre ni de carte postale. J'avais peur qu'il m'ait tout à fait
oublié ou qu'il soit mort. Boudoubour me conseillait de garder ma foi intacte et
d'être patient.



Depuis ce temps, à la ferme, je "
fais le roseau. " Je ne rechigne pas
à accomplir mes corvées.
Je n'attends pas d'être rappelé deux ou trois fois à l'ordre pour faire
mon travail. Je m'efforce de le faire vite et bien pour m'en débarrasser
au plus tôt.
Mon père n'est pas dupe, il sait que
j'agis sans goût et sans plaisir. Je suppose que
quand il était tout petit, lui non plus ne ressentait ni goût ni plaisir mais plutôt de la
peur à partir tout seul promener les oies.
Il se contente du respect apparent que je lui porte et de l'obéissance pointilleuse
manifestée vis-à-vis de ses ordres. Moyennant quoi j'ai du temps libre et le fouet,
accroché à son clou dans la grange, se dessèche et prend la poussière depuis
longtemps.

J'écris des pièces de théâtre
à deux personnages. Un pour Boudoubour et un pour
moi. Nous les jouons partout où l'on veut bien de nous, dans les champs, dans les
bois.
Bien sûr, si quelque observateur autre que les oiseaux ou les fourmis s'avisait d'as-
sister à une de mes pièces il ne verrait que moi gesticulant d'un côté de la scène
et donnant la réplique à un acteur invisible puisque Boudoubour ne se montre et
ne parle à personne d'autre que moi. Il n'entendrait également que la moitié de la
pièce.

Dans la perspective du Certificat d'Etudes
qui doit brillamment clôturer ma carrière
d'écolier, depuis trois ans, mon ami le libraire a redoublé de vigilance quant à mes
lectures. Nous nous sommes éloignés de la magie des contes pour faire escale sur
les îles Dickens, Stevenson, Dumas avant d'aborder les rives plus escarpées de
Flaubert, Balzac, Maupassant et de gravir les pentes des montagnes Rimbaud,
Verlaine, Heredia, Banville.
C'est ainsi, en lisant, que j'émergeai de la petite enfance pour entrer naturellement
dans le monde de la réflexion. Ce fut grâce à mon Mentor qui avait si bien su doser
les degrés de difficulté et de profondeur des textes par le choix judicieux des livres
qu'il me donnait à lire.




Il me tint par la main tout au long de la route.

C'était un homme doux. Il expliquait rarement une pensée, il se conten-
tait de l'énoncer laissant à l'autre l'option de l'approuver ou non, de la
comprendre ou pas.
Il était amoureux du mot juste et détestait le verbiage. Il avait cependant
la coquet-
terie de la phrase bien tournée.


J'aimais ce vieil homme et ce vieil homme m'aimait.
Dans son sillage lumineux j'eus la révélation de la puissance du verbe.


Les mots que, petit, je supposais être
chargés de sens et de noblesse parce qu'ils
étaient beaux, qu'ils sonnaient bien dans la bouche de parrain Léo s'avérèrent être
aussi savoureux que des fruits ou des mets raffinés mais aussi un mode de pensée
complexe et délicat dont l'articulation me passionnait.


Mon ami le libraire est le seul ami du passé dont je ne citerai pas le nom dans ce récit tant il se confond avec beauté, philosophie, sagesse.

Il restera à tout jamais mon ami le libraire, sans majuscules, en mémoire de sa
modestie.


FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DE CETTE
HISTOIRE


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Abdelhalim BERRI
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MessageSujet: Re: le Portrait de Boudoubour 1re et 2 ème parties   Mar Mar 19, 2013 12:16 pm

le Portrait de Boudoubour -Deuxième partie



LES DUPES SONT CEUX QUI NE VOIENT DEVANT
EUX NI RIEN DE BEAU NI RIEN DE GRAND - Cervantès (Don Quichotte)


Vint le jour de l'épreuve du Certificat d'Etudes qui devait sanctionner
ma scolarité et en sonner le glas.


A la ferme, l'événement ne suscita aucun remous, aucune remarque, aucun en- couragement. Je partis, ce matin là, exactement comme tous les autres matins.

Les épreuves s'étendaient sur deux jours. L'école avait été réquisitionnée
et vidée
de ses élèves habituels pour faire place aux candidats du canton.

Le premier jour était consacré
aux sciences, aux mathématiques, à la géographie,
à l'histoire. Toutes matières dont je me tirais sans trop de mal.
Le deuxième jour vint le tour du chant, de la grammaire, de l'orthographe, de la
composition française. Nous eûmes trois heures pour écrire un texte dont le sujet
était " Parlez de votre meilleur ami. Décrivez-le et racontez quelques souvenirs. "

Comme je vivais depuis toujours dans cette sorte de schizophrénie propre aux
enfants bafoués quêtant vainement une parcelle de reconnaissance d'eux-mêmes
et quelques miettes de leur propre valeur que leur refusent des adultes dégénérés,
j'avais développé un imaginaire foisonnant dans le terreau fertile duquel Boudoubour
était né comme un champignon. Il était moi sans être moi. Il était la meilleure
part de
moi-même.
Il était aussi le mirage concret, l'illusion réelle d'une amitié telle que j'aurais voulu
la
connaître avec un enfant de mon âge. Il était mon meilleur ami, alors j'écrivis en titre
" Le Portrait de Boudoubour ".
La plume courait allègrement sur le papier sans que je ressentisse le besoin de faire
le moindre brouillon.

Les résultats de l'examen furent
placardés deux jours après la fin des épreuves.
J'appris que j'étais reçu premier de mon département.

En quittant la cour de l'école où
les listes étaient affichées, je rencon-
trai mon ami le libraire qui m'attendait impatiemment sur le trottoir.

- Mon cher Antoine je dois te mettre au courant d'une petite conspiration
..que nous avons ourdie avec ton maître.
Voilà, ton travail scolaire a
..toujours été très au-dessus
de la moyenne. Nous avons su dès le premier jour des
..épreuves qu'une fois de plus tu te
distinguerais haut la main. Mais ton " Portrait de
..Boudoubour " a remporté tous
les suffrages. Ton maître m'a dit qu'il avait été lu à
..haute voix par ton correcteur devant les
autres correcteurs et devant monsieur
..l'Inspecteur d'académie qui supervise
le travail. J'ai eu cette copie entre les mains,
..et ma foi, je dois avouer que ce n'est pas
trop mal. En fait je suis très fier de toi,
..mon garçon.

A ce moment de son petit discours il
sortit un grand mouchoir de sa poche pour y
enfouir son visage tout en pestant d'une voix étouffée contre un moucheron qui se
serait fourvoyé dans son oeil, ce qui l'obligeait à pleurer. Après quoi il se moucha
vigoureusement et reprit :
- Bref, il serait criminel que tu arrêtes tes études. Nous avons parlé avec monsieur
..l'Inspecteur pour le mettre au courant des…
hem... réticences de ton père. Il s'est
..engagé à faire le nécessaire
pour t'obtenir une bourse qui te permettrait d'aller au
..moins jusqu'au Baccalauréat. Tu es
content ?

Si j'étais content ! Il ne pouvait
pas entendre le tintamarre de joie qu'il y avait dans
ma tête. Boudoubour, le vrai héros de la fête, cognait des cymbales géantes l'une
contre l'autre comme un forcené sous mon crâne.

- Je suis plus que content, je suis heureux. Mais seulement, comment faire avec
..mon père ?
- Sois sans crainte. Tout est prévu. Monsieur l'Inspecteur enverra une lettre à ton
..père pour lui expliquer la situation
et l'opportunité qui s'offre à toi. De plus, nous
..viendrons plaider ta cause devant lui. Je
serais bien étonné qu'il s'obstine.

Bien que tout soit prévu de si agréable manière je passai les jours
suivants dans une angoisse nerveuse proche de la transe.

Un mardi, nous déjeunions, quand une petite délégation constituée du
maître d'école, de mon ami le libraire, de l'inspecteur d'académie vint
frapper à la porte vitrée de la cuisine.
Ma mère se leva et alla ouvrir. Elle les pria d'entrer mais n'osa pas aller plus loin et
repris sa place à table. Mon père continuait de laper sa soupe sans daigner leur
jeter un seul coup d'œil, sans les inviter à s'asseoir.

J'étais galvanisé par l'émotion depuis que mon ami le libraire m'avait fait part du
grand projet conçu pour moi. Je devais être livide d'anxiété.
Je jetai un regard alentour et pendant qu'un silence pénible s'installait, entrecoupé
par le bruit de la cuillère de mon père raclant le fond de son assiette, j'eus le coeur
tordu en remarquant l'hilarité à peine voilée de mon frère, la peur de ma mère
et la
colère sourde de mon père.

Le premier, l'inspecteur d'académie, après quelques grattements de gorge limi-
naires, pris la parole :
- Monsieur Lareçource, nous vous avons annoncé notre visite et son motif par lettre.
..Votre garçon, Antoine, est un élève
remarquable et digne d'intérêt...
- C'est tout à fait cela ! l'interrompit mon ami le libraire avec ferveur.

L'inspecteur lui jeta un regard courroucé lui signifiant qu'il était déjà bien assez
embarrassé comme ça, sans qu'il lui fasse perdre le fil de ses idées par des
digressions sans intérêt.
- Oui, hem ! Je disais donc qu'au regard de ses notes et de ses capacités intel-
..lectuelles votre fils mérite de continuer
ses études…
- J'oserais même dire doit continuer ses études, précisa le maître d'école. Il
aurait
..bien ajouté autre chose si l'inspecteur
ne l'avait foudroyé d'un sec :
- Laissez-moi poursuivre, je vous prie !

... Avant d'enchaîner.

- Par dérogation spéciale, il
a été voté pour lui une bourse qui prendra en
..charge tous ses frais de scolarité,
livres, fournitures, pension d'internat
..et de cantine, uniforme, déplacements.
Vous voyez que rien n'a été
..négligé par la Nation à
laquelle vous allez donner en la personne
..d'Antoine un de ses plus beaux fleurons.

Mon père dut considérer
qu'il en avait assez entendu. Il se leva d'un bloc en repous-
sant du talon sa chaise dont les pieds grincèrent sur le carrelage avant d'aller s'abat-
tre sur le sol.
Appuyé des deux mains sur le bord de la table, le torse penché en avant, les veines
du cou gonflées, il aboya :
- Votre lettre, je l'ai pas lue ! Je comprends rien à vos phrases de babillards. Et je
..m'en fiche. Si vous croyez que je vais vous
donnez l'Antoine, vous vous trompez
..mes beaux messieurs les ronds-de-cuir. Mon
fils, je l'ai pas nourri pendant quatorze
..ans pour qu'il devienne faignasse comme vous.
Il travaillera à la ferme. C'est encore
..lui qui nourrira vos grandes gueules. Il
est à moi, je le garde. Que ça vous plaise ou
..non. L'école est obligatoire jusqu'à
quatorze ans que je sache ? Je suis en règle.
..Foutez-moi la paix. Maintenant débarrassez
le plancher et plus vite que ça avant
..que je vous sorte à coups de botte
dans le cul !

Mon ami le libraire, le visage décomposé, essaya de protester :
- Laissez-nous au moins vous dire…

Mais sur un grognement plus fauve et un
geste plus menaçant de mon père, je vis
s'envoler par la porte de la cuisine ces trois oiseaux d'un paradis auquel je n'aurai
jamais accès.
- Vous autres, sortez aussi, dit mon père en s'adressant à ma mère et à mon frère.
Ils n'attendirent pas qu'il répétât son ordre et s'empressèrent de décamper.

- Maintenant, à nous deux ! Je vais te montrer qui est le maître et qui donne les
..leçons, ici.

Il rit de son bon mot avant de défaire
prestement sa grosse ceinture de
cuir qu'il tint de manière à laisser la boucle pendre librement.

Je fis deux ou trois fois le tour de la table afin de retarder le premier
coup.
Ivre de rage, il cinglait l'air en tous sens avec des mouvements désordonnés fouet-
tant au hasard la suspension, l'horloge, une carafe, le placard.
Dans sa hâte à me rejoindre il se résolut à prendre un raccourci en montant sur la
table encore dressée. Un morceau de pain détrempé de soupe lui fut fatal. Il glissa
dessus, fit une culbute et vint s'étaler comme une crêpe à mes pieds.

L'immense déception que je venais
de ressentir se cristallisa en une colère froide
qui me tint lieu de courage. Il était loin le temps où parrain Léo pouvait me tenir à
bout de bras. J'avais beaucoup grandi, les travaux de la ferme m'avaient musclé
et rendu fort.
Lorsque je vis mon père à ma merci, je ne perdis pas une seconde. J'empoignai
des deux mains une des lourdes chaises et avec des " han ! " de bûcheron je l'a-
battis plusieurs fois sur lui jusqu'à ce que je le laisse sonné pour le compte.
Je ramassai sa ceinture et j'attendis qu'il revienne à lui.

Quand il fut suffisamment lucide, je jetai la ceinture dans les braises du foyer et
je lui dis :
- Plus jamais, tu m'entends ? Plus jamais tu ne me toucheras.
Puis le grand homme que je n'étais pas partit s'enfermer dans sa chambre pour
pleurer.

Allongé sur mon lit, la tête
en feu, je réalisai qu'en quelques phrases brutales,
qu'avec quelques mots bas et vulgaires mon père avait su défendre son bon droit.
Son bon droit étant aux antipodes de mes aspirations il avait réussi à m'anéantir
en aliénant mon corps et mon esprit à la ferme. Il me semblait à ce moment que je
serai toujours séparé du monde des vivants.

Pourquoi m'étais-je acharné pendant
des années à essayer de voir
au-delà des toits de l'écurie et de ceux de la porcherie puisqu'il suffisait
d'une pichenette pour que tout vole en éclats.

Même la victoire remportée ce jour là sur la férocité de mon père me
semblait dérisoire. Que lui importait de ne plus me battre ? Il lui suffisait de savoir
qu'il m'avait enchaîné définitivement. A peu, même, qu'il ne pense m'avoir transmis
sa propre violence et en tire fierté.

Dans la nuit, la fièvre s'empara
de moi. Je restai inconscient pendant plusieurs se-
maines. Puis je revins à ce qui devait être ma vie. Alors j'endossai la souquenille
de rustre que je ne devais plus jamais quitter.

Et quatre autres années passèrent.
J'avais dix-huit ans.

La haine s'était définitivement installée entre mon père et moi.Je ne pouvais rien
attendre de ma mère, ni de personne d'ailleurs. J'étais tributaire d'une loi inique qui
fixait la majorité à vingt et un ans et permettait à un père d'abuser de son autorité
parentale. Je travaillais comme une bête de somme en ayant perdu jusqu'au reflet
du dernier vestige de mes plus grands rêves.

J'évitais même de me rendre en ville pour ne pas passer devant la librairie d'où mon
ami était absent. Il mourut un mois après sa visite à la ferme. Je l'appris quand j'eus
repris assez de forces après cette longue prostration où le désespoir et la fièvre
m'avaient plongé.

Puis un soir de printemps, nous vîmes
le cheval Pompon entrer seul en boitant dans
la cour de la ferme, il traînait derrière lui la herse à laquelle il était attaché.

Nous trouvâmes mon père au milieu d'un champ de colza, couché sur le dos, les
bras en croix, le crâne défoncé, tenant encore son couteau à la main.

Nous supposâmes que penché sur
la jambe arrière de Pompon pour
essayer de déloger un caillou coincé entre le fer et le sabot, il reçut en
pleine tête une ruade du cheval qui le tua sur le coup.

Après l'enterrement, il fallut fouiller
dans ses affaires pour y mettre un
peu d'ordre, pour trouver des titres de propriété et un éventuel testament
qui règlerait
sa succession.

La chose devenait urgente puisqu'une fois les frais d'obsèques réglés, nous nous
retrouvâmes gros-jean comme devant sans un sou en poche. Mon père étant par
nature méfiant et par définition ennemi de la chose écrite et des banquiers, il s'était
toujours arrogé le soin de la gestion de sa ferme sans tenir personne au courant de
ses faits et gestes.
C'est lui qui donnait à ma mère l'argent de la semaine pour les provisions, lui qui
décidait d'acheter telle ou telle semence, de vendre telle ou telle bête. Nous ne
savions pas où il rangeait son argent et ses papiers.

Nous n'avions rien trouvé, jusqu'au
moment où ma mère s'avisa qu'une certaine clé
du trousseau de son mari entrait dans la serrure d'un buffet vénérable relégué à
la
cave. Elle ne l'avait jamais vu ouvert avant ce jour.

Quand les portes de ce buffet furent écartées nous vîmes, soigneusement empilés
une centaine de louis d'or, des liasses de billets de banque, tout un fouillis de
paperasses jaunies.
Puisque j'avais eu, naguère, du goût pour les études, on me chargea de faire l'in-
ventaire du coffre au trésor.

Je commençai par le vider. Mais,
après l'avoir vidé, je découvris tout au fond, une
boite à chaussures fermée par une ficelle. Une fois la ficelle ôtée et le couvercle
enlevé je vis qu'elle était remplie de lettres qui m'étaient adressées.

Les timbres étrangers disaient qu'elles avaient été postées d'un peu partout dans
le monde.

La couleur des enveloppes allait du jaune paille
au blanc montrant
qu'elles avaient été jetées l'une par-dessus l'autre au fur et à mesure
de leur réception depuis sept ans. Pas une d'entre elles n'avait été
ouverte.
Je pris la plus récente et vis que le cachet
de la poste indiquait Buenos Aires
novembre 19.. c'est-à-dire six mois avant la découverte de ces lettres.
Je l'ouvris et commençai à lire.

Antoine, mon cher Crapaud,
Je suis toujours installé en Argentine où je t'attends. Chaque fois que je pense à la
France, c'est toi que je vois parce que tu es le seul être qui me manque. Le temps
me dure chaque année un peu plus de te revoir. Le plus difficile est de croire qu'au
fil du temps tu m'as oublié.

Elle était signée Léo.
Elles étaient toutes signées Léo.
Je passai le reste du jour et une partie de la nuit à lire les lettres de parrain Léo.
J'en trouvai une datée de l'année de mon Certificat d'Etudes.

Crapaud,
Je ne me remettrai jamais de notre rendez-vous manqué du Certificat d'Etudes.
Je suis venu d'Argentine tout exprès pour te chercher et tu n'étais pas là. A la ferme,
ton père m'a dit que tu avais choisi le travail de la terre et que tu refusais de me voir.
Je ne l'ai pas cru. Je suis allé en ville voir ton ami le libraire mais sa librairie était
fermée. Je lui ai laissé une lettre avec mon adresse ici, à Buenos Aires. J'aurai
peut-être plus de renseignements par lui.

Au fil de ces lectures, je réalisai
de quelle façon méthodique j'avais été bâillonné,
aveuglé, rendu sourd, avec quel acharnement, durant sept ans, on avait éloigné de
moi la moindre pousse d'enthousiasme, extirpé le plus petit regain d'espoir et de
joie de vivre.

Je fus pris de tremblements incoercibles devant
l'étendue des ruines
de ma vie. Je mesurai pleinement à quel travail de sape, constant et
minutieux s'étaient livré l'égoïsme forcené de mon père, la lâcheté
et
l'indifférence de ma mère, la médiocrité de mon frère, pour me con-
damner à vivre englouti dans le silence et le froid de leur nuit.
.
M
ais comme un signal de délivrance, un appel à la vie, j'entendis,
du plus profond de
mon âme une voix jadis familière et depuis longtemps oubliée, celle de Boudoubour,
réciter doucement la Tristesse de Musset.
J'ai perdu ma force et ma vie, et mes amis et ma gaieté....

Une autre voix vint se joindre à la sienne, celle de mon ami le libraire, pour me
rappeler :
Voilà la force de la parole écrite, elle se transmet. Tu
trouveras sur ta
route d'autres amis. Il faut aller les chercher, leur être fidèle et rester fidèle à
toi-même.


Au petit matin, je secouai un sac en toile
de jute pour en faire partir les dernières
traces de semence, j'y plaçai soigneusement la boite à chaussures dans laquelle
j'avais remis les lettres de parrain Léo. Je jetai par-dessus, pêle-mêle, le peu de
vêtements nécessaires à un voyage. Je pris la part d'argent qui me revenait ne
serait-ce que pour les années de misère que j'avais passées dans cette ferme.
Cette part, payée à ma jeunesse volée, servirait à envoyer un télégramme
à Léo
et à régler mon embarquement sur le premier bateau en partance pour Buenos
Aires.


Personne ne me vit pousser pour la dernière
fois le vantail de la porte cochère de
ma vieille prison, sauf le soleil radieux qui se levait et vers lequel j'allais.




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Firdawsse Samlali
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MessageSujet: Re: le Portrait de Boudoubour 1re et 2 ème parties   Mar Mar 19, 2013 1:55 pm

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MessageSujet: Re: le Portrait de Boudoubour 1re et 2 ème parties   

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le Portrait de Boudoubour 1re et 2 ème parties
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